Lexique

Les mots de la photographie alternative

Un petit dictionnaire honnête des procédés, de la chimie et des gestes du tirage alternatif non-toxique.

Aquaprint
Reformulation Vision Picturale de la gomme bichromatée, sans dichromate (sensibilisateur N°03). Même rendu pictorialiste — matité, grain de pigment, couches — sans sel CMR.
Bichromate / Dichromate
Sel (de potassium ou d'ammonium) qui rend une gélatine ou une gomme sensible à la lumière. Le chrome hexavalent qu'il contient est classé CMR (cancérogène, mutagène). C'est le point toxique commun à la gomme, au charbon, au bromoil et au résinotype historiques.
Bromoil
Procédé (1907) où l'on encre à la main, au pinceau, une matrice de gélatine avec une encre grasse. Dans sa forme classique, la matrice est obtenue en blanchissant un tirage argentique dans un bain au bichromate.
Tirage au charbon
Procédé pigmentaire (Poitevin, 1855) où une gélatine chargée de pigment de charbon est sensibilisée au dichromate, insolée puis développée à l’eau. C’est le tirage le plus permanent de la photographie.
CMR
Cancérogène, Mutagène, Reprotoxique — classement des substances les plus dangereuses pour la santé. Le dichromate utilisé dans les procédés pigmentaires historiques est classé CMR.
Cyanotype
Procédé au fer (Herschel, 1842) donnant un bleu de Prusse, révélé à l’eau. Faiblement toxique d’origine, c’est la porte d’entrée de la photographie alternative.
Développement à l’eau
Étape où l’image apparaît par simple lavage : les zones non durcies par la lumière se dissolvent, les zones insolées restent. Propre aux procédés pigmentaires (gomme, charbon).
Gélatine
Liant qui porte le pigment et durcit sous l’action de la lumière une fois sensibilisé. Vision Picturale utilise sa gélatine N°05 pour le charbon, le bromoil et le résinotype.
Gomme bichromatée
Procédé pigmentaire (Poitevin 1855, révélé par Demachy dans les années 1890) mêlant pigment, gomme arabique et dichromate. Rendu de dessin, touche de peintre. Reformulé sans dichromate par Vision Picturale sous le nom d’Aquaprint.
Insolation
Exposition du papier sensibilisé aux UV, à travers un négatif, jusqu’à former l’image latente. Au soleil ou sous un insolateur comme le Luminograph.
Négatif numérique
Négatif imprimé sur transparent depuis un fichier, posé au contact du papier pour l’insolation. Il remplace le négatif argentique grand format.
Permanence (archival)
Capacité d’un tirage à ne pas se dégrader dans le temps. Les procédés pigmentaires (charbon, gomme) comptent parmi les plus permanents, car le pigment est chimiquement inerte.
Pictorialisme
Mouvement (fin XIXᵉ–début XXᵉ) qui revendiquait la photographie comme art, via des procédés manuels (gomme, charbon, bromoil) donnant des images proches du dessin ou de la peinture.
Pigment
Matière colorante en poudre qui forme l’image dans les procédés pigmentaires. Inerte et stable, il assure la permanence du tirage (contrairement à l’argent ou aux colorants).
Procédé pigmentaire
Famille de procédés où l’image est faite de pigment retenu dans un liant durci par la lumière (gomme, charbon, bromoil, résinotype). Historiquement sensibilisés au dichromate.
Quadrichromie
Gomme en couleur obtenue par superposition de plusieurs passages pigmentés (cyan, magenta, jaune, noir). Vision Picturale la pratique sans dichromate.
Résinotype
Procédé pigmentaire (Namias, années 1920) qui scelle le pigment dans une résine durcie : un tirage vitrifié, à mi-chemin entre photographie et émail. Version Vision Picturale sans dichromate ni solvant.
Sanguine
Variante de la gomme en pigment rouge-brun, évoquant la craie rouge des dessins de maîtres. Rendue célèbre par les gommes rouges de Demachy.
Sensibilisateur
Agent qui rend un support sensible à la lumière. Là où les procédés historiques utilisaient le dichromate (CMR), Vision Picturale emploie son N°03, sans dichromate.
UV (rayonnement)
Rayonnement ultraviolet qui déclenche l’insolation des procédés alternatifs. Fourni par le soleil ou un insolateur dédié (Luminograph).
Tirage par contact
Mode de tirage de tous les procédés alternatifs : le négatif, imprimé à la taille finale de l'image, est posé directement sur le papier sensibilisé pendant l'insolation UV, sans agrandissement. Le contact doit être parfait — plaque de verre, châssis presse-contact à charnière ou système vacuum du Luminograph — car le moindre jeu entre le film et la couche sensible crée un flou de diffusion qui adoucit les détails.
Enduction (couchage)
Application au pinceau de la chimie sensible sur le papier : pinceau plat, hake ou pinceau mousse, en couche uniforme, mate et homogène, uniformisée au rouleau mousse pour les gommes. Pour un cyanotype A4, l'enduction prend environ cinq minutes, suivie de vingt à quarante-cinq minutes de séchage à l'obscurité selon le procédé. Les gants nitrile sont recommandés : la chimie laisse des taches durables sur la peau.
Encollage (sizing)
Traitement qui régule l'absorption du papier avant l'enduction. Trop encollé, le papier empêche la chimie de pénétrer et donne un tirage pâle ; pas assez, il boit toute la chimie et le tirage manque de contraste. Pour l'Aquaprint, la feuille de coton 640 g/m² est ébouillantée puis encollée de quatre couches de gesso transparent. Le Bergger COT 320 offre un encollage équilibré, prêt à l'emploi pour le cyanotype.
Dépouillage
Étape de révélation des procédés pigmentaires : plongé dans l'eau chaude à 40 °C, le tirage perd la gomme ou la gélatine non insolée, qui se dissout, tandis que le pigment durci par les UV reste en place. Compter cinq à dix minutes pour une couche d'Aquaprint, quinze à vingt minutes pour un transfert charbon. Les eaux de dépouillage partent au tout-à-l'égout, sans neutralisation préalable.
Azurants optiques (OBA)
Agents de blanchiment fluorescents ajoutés à de nombreux papiers pour les faire paraître plus blancs. Ils réagissent mal avec les sels de fer du cyanotype et provoquent un jaunissement prématuré et une perte de contraste. Pour des tirages stables, Vision Picturale prescrit un papier 100 % coton sans azurants — son papier de référence 640 g/m², ou le Bergger COT 320 — garantissant des hautes lumières sans jaunissement au fil des décennies.
Bleu de Prusse
Pigment bleu insoluble qui constitue l'image du cyanotype. Il se forme pendant l'insolation UV-A par réduction photochimique du fer ferrique (fer III) en fer ferreux (fer II) ; cinq minutes de rinçage à l'eau courante éliminent ensuite les sels résiduels. Chimiquement stable — 100 à 150 ans en conditions normales — il reste sensible aux environnements alcalins : cartons non neutres et passe-partout basiques le décolorent ; un bain d'eau légèrement acidifiée au jus de citron peut le restaurer.
Photogramme
Image obtenue sans négatif : des objets — typiquement des végétaux — sont posés directement sur le papier sensibilisé, pressés sous une plaque de verre, puis exposés aux UV. Les zones protégées par l'objet se dissolvent au rinçage et révèlent le blanc du papier ; les zones insolées fixent l'image — un bleu de Prusse profond en cyanotype. Praticable dès le premier tirage, sans négatif numérique ni imprimante : il suffit du papier sensibilisé et d'une source UV.
dMax (densité maximale)
Densité optique maximale du noir d'un tirage, mesurée au densitomètre : plus le dMax est élevé, plus le noir est profond. Le procédé charbon détient le dMax le plus élevé de tous les procédés alternatifs, supérieur à 2,1, grâce à sa couche pigmentée transférée de plusieurs dizaines de microns ; le résinotype atteint environ 1,7. Un dMax élevé sature visuellement les sujets à forte plage tonale — portraits en clair-obscur, paysages contrastés.
Courbe de linéarisation
Courbe de correction appliquée au négatif numérique pour compenser la réponse tonale propre à chaque procédé — et à chaque pigment en quadrichromie. Sans elle, les gris du fichier ne se traduisent pas fidèlement dans le tirage. Elle se construit sans densitomètre avec Calibration Flow : une mire de 25 patchs est insolée, mesurée à la caméra du smartphone, et la courbe corrective s'exporte en .acv (Photoshop) ou .quad (QuadToneRIP).
Gomme arabique
Liant qui porte le pigment dans la gomme bichromatée et l'Aquaprint : mélangée au pigment et à un sensibilisateur, elle durcit sous les UV et devient insoluble, tandis que les zones non insolées se dissolvent au dépouillage à l'eau chaude à 40 °C. Elle n'a jamais été le point toxique du procédé historique — c'était le bichromate. Vision Picturale la fournit pré-sensibilisée sous la référence VP N°04, à fondre au bain-marie.
UV-A 365 nm
Longueur d'onde de référence de l'insolation alternative. Les chimies du cyanotype, de la gomme, du Van Dyke et du charbon se sensibilisent dans l'UV-A (320 à 400 nm), avec un pic d'efficacité autour de 365 à 375 nm. Les LED UV-A 365 nm sont la source artificielle de référence : spectre stable, faible chaleur, longue durée de vie. Les insolateurs Luminograph émettent à 365 nm — 5 à 15 minutes d'exposition pour un cyanotype à 30 cm.
Repérage (registration)
Calage précis des couches successives d'un tirage couleur sur leurs repères, pour que chaque négatif de séparation tombe exactement sur le précédent. L'Aquaprint quadrichromique CMJN exige une registration millimétrique sur quatre négatifs ; le charbon Couleur Profonde demande une précision au demi-millimètre entre ses trois transferts, avec repères perforés ou marques de calage. Les variantes monochromes, en une à deux couches, tolèrent un repérage approximatif — c'est ce qui les rend accessibles.